La présence de chancre, d'encre, voire de dépérissement ne doit
pas décourager le sylviculteur. La station a une incidence sur les
résistances naturelles du châtaignier face à ces phénomènes, qui
rappellent l'importance des diagnostics stationnel,
dendrométrique et sanitaire du peuplement. L'usage des
catalogues des stations - qui pour rappel couvrent deux tiers du
territoire - trouve ici tout son sens.
Chancre : des éléments de réponse au Sud qui doivent
profiter au Nord
Concernant le chancre, principal pathogène du châtaignier
actuellement en France, l'expérience du Sud doit profiter au
Nord, dans ces régions où le chancre s'installe
malheureusement.
Au début des années 80, au moment où la sylviculture du châtaignier
a commencé à se développer, le chancre était un véritable problème
dans ces régions du Sud. Comment éclaircir des parcelles touchées
par le chancre ? Quels seront les impacts de ces éclaircies ? Les
abattages, par les blessures qu'ils provoqueront
inéluctablement, ne seront-il pas synonymes de prolifération du
chancre ? Et là, indiscutablement nous avons des éléments de
réponses probants.
Les
éclaircies des taillis, à condition
qu'elles soient pratiquées sur des
peuplements
jeunes (moins de 15 ans) et
en station
sont le garant d'une meilleure vitalité du châtaignier et
d'une résistance au chancre plus élevée. L'éclaircie ne
favorise pas l'installation du chancre, ni son extension dans
la parcelle.
Maintenant, dans bon nombre de cas,
l'hypovirulence est bien installée dans ces
départements du Sud. Le sylviculteur se préoccupe beaucoup moins de
l'impact du chancre sur la qualité de son peuplement. Dans les
régions du Nord où le chancre fait son apparition, on sait que
normalement il faudra
10 à 20 ans avant que
l'hypovirulence s'installe naturellement et en nombre.
Durant cette période d'attente le chancre est actif et peut
occasionner des dégâts parfois sévères en certains endroits. Mais
même dans ces cas, l'éclaircie a un effet favorable sur
l'état sanitaire du peuplement.
Tous les taillis, mêmes indemnes de chancre, ne sont pas
améliorables par éclaircie, loin s'en faut. Il y a plusieurs
questions à se poser pour savoir s'il est possible
d'éclaircir un taillis en vue de produire du bois
d'œuvre étoffé de qualité au plus fort pouvoir
rémunérateur.
La première est de savoir si le taillis que je veux éclaircir
présente une
croissance suffisante. La croissance
d'un taillis est le fruit de l'interaction entre :
- la fertilité de la station ;
- la vieillesse de
l'ensouchement ;
- l'âge des brins du taillis ; au-delà de 20
ans la croissance en circonférence d'un taillis non éclairci
devient très faible tant la compétition est forte.
Un critère efficace pour évaluer la potentialité de croissance de
son taillis est de
mesurer la croissance en
hauteur et en diamètre des
brins dominants. Un
taillis de châtaignier trop âgé n'a plus de capacité de réponse
à une éclaircie.
À l'optimal, on réalisera la
première
éclaircie entre 10 et 13 m de hauteur dominante quand le
peuplement
à 8 à 15 ans. A ce stade, le fût est
formé et la capacité de réponse à l'éclaircie encore
suffisante. Au-delà de cette hauteur, seuls les peuplements situés
sur les stations les plus fertiles pourront être rattrapés par des
éclaircies de type détourage. Les objectifs de production seront
alors moins ambitieux.
La seconde question à se poser est de savoir si les
qualités technologique du peuplement sont
suffisantes. Il peut arriver que mon peuplement présente de
nombreuses tiges de mauvaises conformations. Le défaut plus
fréquent dans un taillis est la sinuosité, mais il est souvent
l'apanage d'un ensouchement trop âgé ou d'une station
de faible fertilité.
Enfin, on réalisera l'examen attentif de sa parcelle au niveau
sanitaire. Si la parcelle est touchée par le
chancre, on en évaluera l'impact.
Au maximum,
on aura, au moment de l'intervention en première éclaircie (8 à
15 ans d'âge),
2 à 3 brins par souche situés
dans l'étage dominant touchées par un chancre actif, soit
environ
15 à 25 % des tiges atteintes.
Si on observe la présence de chancre cicatrisé superficiel,
indicateur d'une éventuelle
hypovirulence, on
veillera à en conserver un minimum à l'hectare, soit à titre
indicatif
30 à 90 tiges/ha.
Si le diagnostic est favorable quant à la réalisation d'une
éclaircie, celle-ci sera effectuée
en plein. Elle
descendra la densité entre
600 à 1 000 tiges par
hectare soit un brin, voire deux brins par souche.
Environ
5 et 10 ans plus tard, une seconde et une
troisième éclaircie seront effectuées en
détourant
les 100 à 150 plus belles tiges à l'hectare qui auront été
désignées au passage en deuxième éclaircie.
L'
exploitation finale du peuplement sera
réalisée à 40 ans, 60 ans maximum.
Dans les autres cas, si la station et le peuplement ne sont pas
favorables à la croissance et l'état sanitaire du taillis, on
ne préconisera pas de réaliser une sylviculture à objectif bois
d'œuvre du châtaignier.
Dans les
peuplements âgés si la régénération
naturelle est présente, on pourra la favoriser en dévitalisant les
brins de souches exploités, à condition bien sûr que le châtaignier
soit en station. Les taillis avec un vieil ensouchement sont
malheureusement trop fréquents en France et le
renouvellement par
plantation ou
régénération naturelle trop peu entrepris. Ceci
n'est pas sans risque sur l'apparition de la roulure et
l'état sanitaire futur du châtaignier.