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Les pathologies du châtaignier évoluent, ses sylvicultures aussi

Quels conseils pour le sylviculteur face aux principales maladies du châtaignier, le chancre et l'encre ? Extraits du dossier de Forêt-entreprise n°165, coordonné par Jean Lemaire, ingénieur à l'IDF.

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Une ressource inestimable, ancrée dans notre histoire

Le châtaignier en France, c'est d'abord une histoire ancrée dans nos traditions depuis deux millénaires.

Jusqu'au début du siècle dernier, "l'arbre à pain" a joué un rôle fondamental dans l'économie des régions dont les sols étaient peu enclins à produire des céréales.

Une véritable civilisation du châtaignier nourricier est née à travers l'Europe, du Portugal à l'Italie, de l'Espagne au Nord de la France. Arbre à pain, arbre du pauvre, le châtaignier a donc été, durant de nombreux siècles, une ressource indispensable pour nos aïeux.

Alimentation des hommes et du bétail, charbon de bois, tonnellerie, piquets et échalas, mobilier, parquets, bardage et charpente des maisons sont autant d'usages auxquels le châtaignier devait pourvoir.

Les profondes modifications du monde rural (progrès de l'agriculture, exode rural, développement des moyens de communication...) associées aux premières épidémies de l'encre ont vu le déclin des châtaigneraies à fruit à la fin du 19e siècle.

Certaines furent laissées à l'abandon, d'autres converties à la culture de céréales plus rentables, d'autres encore coupées pour la production de bois de services, de tanin ou enrésinées...
Dès la fin des années 50, époque à laquelle le chancre est introduit en France, les multiples produits de faible diamètre (piquets, tuteur, échalas, douelle...) fournis par les taillis voient leurs débouchés s'estomper peu à peu.

L'arrivée du chancre soulève les plus grandes craintes. L'exemple des États-Unis, où les 400 000 km² châtaigneraies ont été décimés entre 1904 et 1945 laissent présager le pire ! À nouveau, on redoute la disparition de l'arbre du pauvre.
Il faut attendre le début des années 1980 pour voir se développer la sylviculture du châtaignier. Elle vise à répondre au marché qui ne cesse de demander des bois plus étoffés.

Aujourd'hui, la valeur marchande du bois de trituration est nulle, voire négative. Le marché du billon destiné au parquet (diamètre de 14 cm fin bout minimum) et du piquet reste souvent local, contrairement aux bois plus étoffés qui trouvent facilement acquéreur sur un marché national et international déficitaire en gros bois de châtaignier.

L'arbre du pauvre serait-il un feuillu précieux ? L'engouement international pour son bois et son prix de vente le laissent penser.

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Dépérissements, chancre, encre : les maladies du châtaignier

Le châtaignier souffre plus fréquemment du dépérissement que du chancre et de l'encre. Le châtaignier forestier est issu en grande partie de la culture fruitière. Nombre de stations où il a été introduit ne correspondent pas à son autécologie en vue de produire du bois à haute valeur ajoutée.

Dépérissements et parasites d'équilibre

Un dépérissement est une perte de vitalité des arbres, qui peut parfois entraîner la mort, consécutive à une succession de facteurs :
  • des facteurs prédisposants, qui contraignent les arbres de matière pérenne, comme l'inadaptation à la station ;
  • des facteurs déclenchants, qui exercent leur action déstabilisante sur une courte durée, comme la sécheresse ;
  • des facteurs aggravants, qui interviennent sur des arbres affaiblis et peuvent causer leur mort, comme les champignons et insectes (on parle de pathogènes secondaires).
Les dépérissements ayant une cause stationnelle, sylvicole et climatique, génèrent depuis 15 ans des mortalités importantes, bien supérieures à celles causées par l'encre. 60 % des châtaigniers malades et 40 % des châtaigniers morts diagnostiqués par le Département de la santé des forêts (DSF) souffrent de dépérissement, dont une majorité due à des problèmes de station.

"Javart" ou "Coryneum" sont les noms usuellement employés pour désigner tout un cortège de champignons secondaires, causant des lésions qui marqueront le bois durablement.

Le chancre, principal pathogène du châtaignier en France

Le chancre du châtaignier provient d'Asie. Introduit à New-York en 1904, il a décimé les forêts de châtaignier américain en 40 ans. Identifié pour la première fois en Europe en 1938 en Italie, il ne cesse depuis de progresser. En 2005, il n'épargne que le Nord de la France.

Lorsque le chancre (Cryphonectria parasitica, anciennement Endothia parasitica) attaque le tronc d'un châtaignier, l'écorce de couleur rougeâtre éclate et la tige se couvre de gourmands sous la partie dépérissante. Le chancre peut ceinturer la zone infectée et provoquer le déssèchement puis la mort de l'arbre.

La colonisation du champignon par un virus après quelques années de présence dans une région diminue naturellement sa sévérité -on parle d'hypovirulence- et permet de mener une sylviculture à objectif bois d'oeuvre compatible avec la présence de chancre.

L'encre, plutôt calme en Forêt ces 50 denières années

La maladie de l'encre a fortement endommagé les châtaigneraies françaises à la fin du XIXe sc. Depuis cinquante ans, elle occasionne moins de dégâts. Les attaques ont cependant augmenté ces 5 dernières années sur les régions soumises au climat atlantique (pluviométrie importante de la fin des années 1990 et fortes chaleurs des dernières saisons de végétation).

La maladie de l'encre (Phytophtora cinnamomi et P. cambivora) provoque une pourriture des racines et attaque le collet et la base du tronc dans les cas les plus graves. Les sujets sensibles meurent rapidement (1 à 5 ans) en cas de forte attaque. Le diagnostic est délicat ; seule une analyse en laboratoire de prélèvements de terrain peut confirmer la présence d'encre.

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Quels conseils pour le sylviculteur ?

La présence de chancre, d'encre, voire de dépérissement ne doit pas décourager le sylviculteur. La station a une incidence sur les résistances naturelles du châtaignier face à ces phénomènes, qui rappellent l'importance des diagnostics stationnel, dendrométrique et sanitaire du peuplement. L'usage des catalogues des stations - qui pour rappel couvrent deux tiers du territoire - trouve ici tout son sens.

Chancre : des éléments de réponse au Sud qui doivent profiter au Nord

Concernant le chancre, principal pathogène du châtaignier actuellement en France, l'expérience du Sud doit profiter au Nord, dans ces régions où le chancre s'installe malheureusement.

Au début des années 80, au moment où la sylviculture du châtaignier a commencé à se développer, le chancre était un véritable problème dans ces régions du Sud. Comment éclaircir des parcelles touchées par le chancre ? Quels seront les impacts de ces éclaircies ? Les abattages, par les blessures qu'ils provoqueront inéluctablement, ne seront-il pas synonymes de prolifération du chancre ? Et là, indiscutablement nous avons des éléments de réponses probants.

Les éclaircies des taillis, à condition qu'elles soient pratiquées sur des peuplements jeunes (moins de 15 ans) et en station sont le garant d'une meilleure vitalité du châtaignier et d'une résistance au chancre plus élevée. L'éclaircie ne favorise pas l'installation du chancre, ni son extension dans la parcelle.

Maintenant, dans bon nombre de cas, l'hypovirulence est bien installée dans ces départements du Sud. Le sylviculteur se préoccupe beaucoup moins de l'impact du chancre sur la qualité de son peuplement. Dans les régions du Nord où le chancre fait son apparition, on sait que normalement il faudra 10 à 20 ans avant que l'hypovirulence s'installe naturellement et en nombre. Durant cette période d'attente le chancre est actif et peut occasionner des dégâts parfois sévères en certains endroits. Mais même dans ces cas, l'éclaircie a un effet favorable sur l'état sanitaire du peuplement.

Tous les taillis, mêmes indemnes de chancre, ne sont pas améliorables par éclaircie, loin s'en faut. Il y a plusieurs questions à se poser pour savoir s'il est possible d'éclaircir un taillis en vue de produire du bois d'œuvre étoffé de qualité au plus fort pouvoir rémunérateur.

La première est de savoir si le taillis que je veux éclaircir présente une croissance suffisante. La croissance d'un taillis est le fruit de l'interaction entre :
  • la fertilité de la station ;
  • la vieillesse de l'ensouchement ;
  • l'âge des brins du taillis ; au-delà de 20 ans la croissance en circonférence d'un taillis non éclairci devient très faible tant la compétition est forte.
Un critère efficace pour évaluer la potentialité de croissance de son taillis est de mesurer la croissance en hauteur et en diamètre des brins dominants. Un taillis de châtaignier trop âgé n'a plus de capacité de réponse à une éclaircie.

À l'optimal, on réalisera la première éclaircie entre 10 et 13 m de hauteur dominante quand le peuplement à 8 à 15 ans. A ce stade, le fût est formé et la capacité de réponse à l'éclaircie encore suffisante. Au-delà de cette hauteur, seuls les peuplements situés sur les stations les plus fertiles pourront être rattrapés par des éclaircies de type détourage. Les objectifs de production seront alors moins ambitieux.

La seconde question à se poser est de savoir si les qualités technologique du peuplement sont suffisantes. Il peut arriver que mon peuplement présente de nombreuses tiges de mauvaises conformations. Le défaut plus fréquent dans un taillis est la sinuosité, mais il est souvent l'apanage d'un ensouchement trop âgé ou d'une station de faible fertilité.

Enfin, on réalisera l'examen attentif de sa parcelle au niveau sanitaire. Si la parcelle est touchée par le chancre, on en évaluera l'impact. Au maximum, on aura, au moment de l'intervention en première éclaircie (8 à 15 ans d'âge), 2 à 3 brins par souche situés dans l'étage dominant touchées par un chancre actif, soit environ 15 à 25 % des tiges atteintes.

Si on observe la présence de chancre cicatrisé superficiel, indicateur d'une éventuelle hypovirulence, on veillera à en conserver un minimum à l'hectare, soit à titre indicatif 30 à 90 tiges/ha.

Si le diagnostic est favorable quant à la réalisation d'une éclaircie, celle-ci sera effectuée en plein. Elle descendra la densité entre 600 à 1 000 tiges par hectare soit un brin, voire deux brins par souche.
Environ 5 et 10 ans plus tard, une seconde et une troisième éclaircie seront effectuées en détourant les 100 à 150 plus belles tiges à l'hectare qui auront été désignées au passage en deuxième éclaircie.
L'exploitation finale du peuplement sera réalisée à 40 ans, 60 ans maximum.

Dans les autres cas, si la station et le peuplement ne sont pas favorables à la croissance et l'état sanitaire du taillis, on ne préconisera pas de réaliser une sylviculture à objectif bois d'œuvre du châtaignier.

Dans les peuplements âgés si la régénération naturelle est présente, on pourra la favoriser en dévitalisant les brins de souches exploités, à condition bien sûr que le châtaignier soit en station. Les taillis avec un vieil ensouchement sont malheureusement trop fréquents en France et le renouvellement par plantation ou régénération naturelle trop peu entrepris. Ceci n'est pas sans risque sur l'apparition de la roulure et l'état sanitaire futur du châtaignier.

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