Le marché du robinier

Le 07/11/2007

Il est nécessaire pour bien valoriser le robinier de connaître ses utilisations, ses qualités et son marché. Le développement de cette essence devrait permettre une mise en valeur des peuplements de robinier français.
Le robinier est une essence dont on parle de plus en plus pour ses nombreuses qualités. Il pousse en climat tempéré et donne un excellent bois d'œuvre très concurrentiel vis-à-vis de certains bois exotiques. Le produit est reconnu excellent, d'une qualité équivalente et surtout plus régulière que le teck.

Les hasards de l'offre

En France, l'offre est assez limitée faute d'un véritable gisement, les lots sont petits et la concurrence du piquet se révèle partout très vive à cause des besoins (vigne, élevage) et du prix sur pied relativement intéressant qui n'incite pas à attendre l'obtention d'un diamètre bois d'œuvre à peine mieux rémunéré aujourd'hui.

L'Inventaire forestier national estime la surface métropolitaine de robinier à plus de 130 000 ha ; un chiffre qui recouvre toutefois d'importantes disparités. Trois régions portent 40% de cette surface : Rhône-Alpes, Bourgogne et Aquitaine. Tandis que 4 régions en sont quasiment dépourvues : Nord-Pas-de-Calais, Basse-Normandie, Bretagne et Provence-Côte d'Azur.

Le robinier se présente le plus souvent en boqueteaux mais rarement sous la forme de véritables massifs. Sa productivité et les produits qui en découlent varient énormément suivant les terrains qu'il occupe.

Quand il est abondant, dans les régions de vignoble et d'élevage, on l'emploie toujours assez jeune (20 à 30 ans) suivant des diamètres inférieurs à 25 cm pour une utilisation exclusive en piquet et chauffage. Il se négocie sur pied entre 25 et 40 €/m3, soit 17 à 27 €/stère pour le piquet (1 m3 = 1,5 stère) et 8 à 10€/stère pour le chauffage, le bois sur pied est mobilisé essentiellement par les transformateurs eux-mêmes.

Dans les autres régions, le robinier se présente le plus souvent sous forme de lots composés de bois plus gros car plus âgés et commercialisés par le négoce ; les dimensions deviennent plus compatibles pour une utilisation en bois d'œuvre et le prix du m3 sur pied peut et doit alors atteindre 60 à 80 €.

Les habitudes du moment

Les piquets de vigne et de clôture constituent la grosse part du marché, ils permettent une rémunération souvent correcte des bois sur pied en fonction du transport jusqu'aux zones de transformation et d'utilisation. Leur longueur s'adapte aux besoins des appellations locales, entre 1,5 m et 2,5 m ; leur section est également fonction de la demande, on sélectionne pour cela des billons droits au diamètre supérieur à 10 cm et qui présentent un aubier très fin.

La crise du vin, l'utilisation croissante des piquets en métal (ou en autres matières) et les importations en provenance de Hongrie et de Roumanie ont récemment contribué à ralentir l'utilisation locale du robinier pour ce marché mais la demande est désormais bien relancée et les transformateurs commencent à faire défaut.

Les utilisations en bois d'œuvre se développent et se diversifient depuis quelques années à l'instar de nos voisins italiens, hollandais et allemands.

Le parquet en lames courtes pour l'intérieur est fabriqué classiquement par quelques entreprises (Janod, Design-Parquet), une version contrecollée est maintenant au point (Marty), le robinier y apporte ses qualités de résistance et d'esthétique.

Les meubles de jardin (tables, chaises et bancs) en robinier sont désormais proposés par certains distributeurs (Ikea, Carrefour, etc) et par les menuisiers du Perche (Perchebois).

Le caillebotis est aujourd'hui très demandé, c'est encore le bois exotique qui domine ce marché mais on y voit désormais poindre le robinier.

Des produits divers sont mis en oeuvre tels que les pavés, les bardages, les chevilles, les barriques, les jets d'eau pour huisseries, le mobilier urbain, la signalétique, etc.

Dans certains pays européens, on recense d'autres utilisations : escaliers, meubles de cuisine, parpaings, poutres en lamellé-collé, vis, pointes, objets décoratifs, etc.

On utilise en sciage des billes de 2 à 2,5 m de longueur, bien purgées d'altérations et d'un diamètre supérieur à 22 cm sur écorce. Le tri sur coupe des billes de pied peut répondre à cette demande si les mobilisateurs veulent bien s'en donner la peine et réduire ainsi le gaspillage de bois d'œuvre.

On essaie, si possible, de travailler le bois assez frais, c'est-à-dire dans les semaines qui suivent la coupe. On amorce le sciage sur quartier pour éviter que le bois ne se déforme. On emploie de préférence des scies à pas variable et des fraises à diamant pour une mise en œuvre plus facile. La couleur jaune-verdâtre du bois récemment transformé peut déplaire à l'utilisateur mais c'est un état transitoire qui fait vite place à une teinte plus chaude généralement très appréciée.

Le bois arrive en usine entre 80€ et 100€ le m3, le plot se négocie en moyenne à 500€ par m3 et le pré-débit atteint généralement 800€ par m3. Ces prix de revient élevés s'expliquent essentiellement par un rendement assez faible, de l'ordre de 20 à 25%.

Les possibilités de développement

Les récents articles et reportages relatifs à cette essence ont confirmé auprès des sylviculteurs et des utilisateurs tout l'intérêt apporté aujourd'hui au robinier.

On constate une émergence de la demande en bois d'œuvre (diamètre supérieur à 22 cm) qui ne peut pas être assurée, en France, dans les conditions actuelles de production et de mobilisation ; c'est la raison pour laquelle les industriels s'approvisionnent régulièrement en Hongrie et dans d'autres « pays de l'est », là ou l'offre de pré-débit reste abondante et à un prix rendu acceptable (500 à 700€ le m3).

Cette offre se fait progressivement plus rare et naturellement plus chère, c'est pourquoi il faut valoriser d'urgence notre potentiel robinier par quelques pratiques au niveau de la sylviculture et de la mise en marché.

On pense de plus en plus au robinier dans les reboisements, sachons lui réserver les sols qui lui conviennent bien et les techniques sylvicoles les mieux adaptées pour une production la meilleure et une exploitation vers l'âge de 35 à 40 ans.

Au niveau de la mise en marché, il est intéressant de constater le rôle émergeant des mobilisateurs qui peuvent distribuer les billons vers les divers utilisateurs et ainsi mieux revaloriser le bois d'œuvre.

Encore faut-il, si possible, éviter les trop longs transports entre nos régions même s'ils restent plus raisonnables que les traversées de l'Europe (robinier de Hongrie) ou que le trajet des provenances tropicales (teck de Birmanie).

ThèmeEconomie-gestion
Mots-clésrobinier, vente de bois