Le cauchemar des forestiers, ce sont des mesures contraignantes,
prises au nom d'une biodiversité médiatisée, mais inefficaces et
coûteuses. Par contre, la formation et le dialogue ont faits leurs
preuves.
M. Alston Chase a travaillé plusieurs décennies pour le parc
national de Yellowstone aux Etats-Unis. Dans son livre Playing God
in Yellowstone ("Se prenant pour Dieu à Yellowstone", 1987, non
disponible en français), il raconte comment des décisions prises
pour « sauver » les élans ont provoqué une succession de
déséquilibres et suscité de nouvelles mesures plus catastrophiques
encore. Les prédateurs (loups, coyotes) ont été volontairement
décimés, les pâturages ont été détruits, menaçant d'extinction une
race d'antilope et le daim à queue blanche…
Ce récit, c'est un peu le cauchemar des forestiers : des décisions
sans fondements scientifiques, choisies pour satisfaire le grand
public et aux conséquences dramatiques. Préserver la biodiversité ?
Oui, mais pas n'importe comment : il faut s'appuyer sur la
recherche scientifique pour réellement préserver la biodiversité,
et non pas faire de la nature un parc d'attraction. Certes il est
plus populaire de dire « réintroduisons l'ours et le loup » que «
réduisons les populations de chevreuil ». Mais sincèrement,
laquelle de ces deux mesures profitera le plus à la biodiversité
?
Une étude a montré qu'un même milieu accueillant 400 espèces avant
l'arrivée de cerfs, n'en comportait plus que 50 après leur
installation. Pourquoi ne pas commencer par là pour préserver la
biodiversité en forêt ? (Source : "Haïda Gwai, un laboratoire
grandeur nature", Mille et Une Productions).
L'Homme fait partie de l'écosystème
forestier
La forêt française est gérée depuis des millénaires. L'Homme fait
partie intégrante de l'écosystème forestier actuel. Vouloir limiter
au maximum son activité sylvicole n'a aucun sens.
Affirmer cela ne signifie pas que nous sommes fermés à toute
évolution. La preuve : ce sont les forestiers privés français qui,
avec quelques autres, ont lancé la certification PEFC dès 1998. Ce
système a prouvé que par la concertation entre forestiers et
environnementalistes, on pouvait accomplir bien plus que par voie
réglementaire. Le résultat aujourd'hui est considérable : chaque
région de France dispose d'indicateurs adaptés et d'une politique
d'amélioration continue. administrateurs et techniciens et
ingénieurs forestiers sont impliqués dans la démarche. Voilà une
action réellement utile à la biodiversité.
A contrario, l'expérience de Natura 2000 montre que la seule
réglementation n'est pas adaptée pour préserver la biodiversité en
forêt. La simple désignation des sites Natura 2000 aura
probablement coûté des millions d'euros en études préliminaires et
réunions multiples ; il y en faudra sans doute beaucoup plus pour
honorer les contrats Natura 2000. Tout ceci pour maintenir en
l'état des habitats qui sont de toute façon appelés à évoluer, ne
serait-ce qu'avec le réchauffement climatique. L'alternative est
simple : ne pas imposer mais informer et former. La diversité des
propriétaires fera le reste.
Je conclurai sur un thème cher aux environnementalistes : le bois
mort. Durant des décennies, les forestiers ont appris qu'il fallait
brûler tous les rémanents et ne laisser aucun arbre mort ; une
branche qui tombe et blesse un promeneur engage la responsabilité
du propriétaires. Aujourd'hui, les scientifiques montrent que de
nombreux insectes dépendent du bois mort. Deux possibilités
s'ouvrent à nous : réglementer, compter les arbres morts ou
vieillissants, les marquer à la peinture, contrôler régulièrement
que personne n'y a touché… ou bien former les forestiers
actuels et futurs et faire passer progressivement le maintien d'un
peu de bois mort dans les pratiques sylvicoles courantes. La
réponse s'impose d'elle-même.