Les permis de ramassage des champignons en forêt

Cueillette des champignons : comment réagir ?

La tradition automnale de la cueillette des champignons fait souvent oublier aux amateurs de ces délices qu'ils doivent respecter le droit ! Face aux nombreux abus qu'ils ont pu constater chez eux, des forestiers privés ont décidé de mettre en place des permis de récolte. Témoignages.

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La gestion des contrats d'autorisation de récolte en Midi-Pyrénées

8 ans après la mise en place de "cartes de ramasseurs de champignons", le Groupement forestier de Giroussens tire un bilan positif de cette démarche dont l'intérêt principal est de préserver la ressource. Elle permet une bonne maîtrise des cueilleurs de champignons, même si la réussite financière reste en demi-teinte. L'article explique comment les objectifs ont été atteints, détaille les méthodes de travail, et livre quelques anecdotes significatives.

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Un permis de ramassage des champignons dans les Landes

Pour régler les problèmes soulevés en période de ramassage des champignons en forêt, Jacques Hazera, sylviculteur dans les Landes, a mis sur pied véritable Permis de Récolte qui fonctionne parfaitement depuis l'automne 1999.

Mise en place du permis de récolte

Dès le tout début de la saison, le propriétaire fait paraître dans la presse locale, des annonces rappelant au public l'interdiction de ramassage des champignons dans les forêts privées. Ces annonces précisent aux amateurs qu'ils peuvent désormais acquérir à la propriété, sur rendez-vous et moyennant paiement, un permis de récolte valable un an à compter du 1er août, ajoutant que de nombreux contrôles sont effectués en cours de saison.

Ce permis de récolte, dont l'objectif est de permettre à chacun d'avoir accès aux champignons sans nuisance ni dégradation, fixe de façon stricte les conditions dans lesquelles le public peut pratiquer le ramassage sur la propriété. Chaque achat de permis donne lieu à la délivrance d'une carte à trois volets, d'un badge à porter sur soi et d'une vignette pour la voiture.

Un règlement précise les conditions d'utilisation : respect du sol, des champignons, du gibier, des animaux de la forêt, des végétaux, des maisons d'habitation et, bien sûr, interdiction absolue de faire du feu. Il donne des indications quant à la responsabilité du titulaire du permis, aux contrôles, etc., sans oublier des conseils en matière de respect de la forêt et du travail des sylviculteurs.

Un bilan très positif

Après plusieurs années d'application de ce système, le propriétaire estime que la situation, dans sa forêt, est considérablement assainie du point de vue du public :

  • le stationnement inconsidéré des voitures a cessé, les chemins sont laissés libres ;
  • le nombre de ramasseurs de champignons a largement diminué ;
  • les ramasseurs sont pratiquement tous identifiés (nom, adresse, téléphone, numéro d'immatriculation de voiture...) ;
  • les quelques rares " braconniers " qui persistent sont obligés de se cacher : un jour ou l'autre, ils seront " pris " !
  • les titulaires du permis manifestent leur satisfaction : ils ont des récoltes bien meilleures et la fréquentation des bois est devenue plus courtoise ;
  • enfin beaucoup d'entre eux ont des témoignages de remerciements à l'égard du propriétaire : cageots de cèpes ou autres champignons, châtaignes, caisses de vin... ce qui ne se produisait que très rarement les années précédentes.

" Je pense, résume J. Hazera, que grâce à ce système, nous avons su gagner le respect des gens bien intentionnés. Quant aux autres, ils ont tout simplement disparu. Beaucoup prétendent ne pas être informés qu'une forêt peut être privée ni que le propriétaire est maître de disposer des fruits de son sol, mais la discussion est généralement très profitable. Il me semble en tout cas que la profession devrait faire un gros effort d'information du public dans ce sens".

"A mon avis, poursuit-il, les gens de bonne foi sont disposés à nous respecter. Nous ne devons pas nous laisser impressionner par les quelques mauvais coucheurs qui peuvent rôder ici ou là : même ceux-là baissent les armes devant une personne ferme, déterminée et sûre de son bon droit, mais courtoise cependant ".

La courtoisie d'abord...

Le fait de disposer d'un système juridique solide permet d'éviter les dangers de la violence. C'est lorsque le propriétaire se sent démuni et faible qu'il est acculé à devenir agressif, ultime arme pour défendre son droit. Appuyé sur un règlement solide, il change de position et c'est alors le ramasseur en infraction qui se sent faible et fautif.

C'est là que la courtoisie est primordiale : elle permet une échappatoire digne et non violente à celui qui a triché. "Il est arrivé, raconte J. Hazera, que tel ou tel "braconnier" élève la voix : feu de paille, histoire de parader ! Par la suite, je ne les ai jamais revus".

Se regrouper pour faciliter les contrôles

Cet exemple montre qu'il est possible de faire contrôler une forêt d'environ 300 hectares par une seule personne, de façon calme et pacifique. Il faut cependant préciser que pendant la période de pousse des cèpes, le propriétaire consacre environ un mi-temps à cette activité de contrôle, en multipliant les ingéniosités pour surprendre les "braconniers". Il y a donc peut-être là une source d'emplois dans le cadre d'associations de propriétaires par exemple.

"Mon objectif à terme, conclut J. Hazera, serait d'aboutir à une association communale. Mais ceci nécessite d'offrir une surface importante et facile à surveiller, ce qui est rarement le cas des propriétés isolées. En ce qui me concerne, jamais je n'aurais pu mettre ce système sur pied si je n'avais auparavant procédé à de nombreux échanges avec des voisins pour supprimer les enclaves".

Mise à jour de Mai 2012, d'après un article publié dans Forêt-entreprise n°132 de février 2000, avec l'aimable autorisation de l'auteur et de Forêt de Gascogne, puis repris dans Forêts de France n°452 d'avril 2002.

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