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Les variétés améliorées : quels intérêts pour les forestiers ?

  • Philippe de Boissieu
Techniquement et financièrement, quels avantages présentent les variétés améliorées ? Question posée à M. de Boissieu, sylviculteur dans l'Oise et représentant des propriétaires forestiers auprès du Comité Technique Permanent pour la Sélection.

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Entretien avec philippe de Boissieu

Forêt-entreprise : Pourquoi vous être intéressé aux variétés forestières améliorées ?
Philippe de Boissieu : Lorsque, à la fin des années cinquante, j'ai choisi d'abandonner ma carrière de géologue pour me consacrer à la gestion de la propriété familiale, c'était pour que cette activité me permette de vivre et d'élever ma famille dans de bonnes conditions. Or, pour gagner de l'argent avec la forêt, il faut qu'elle produise du bois !

À cette époque, il y avait sur la propriété des peupliers 'Robusta' que l'on récoltait au bout de 30 ans, or, les améliorateurs venaient de découvrir le cultivar 'I 214', qui, en une vingtaine d'années permettait d'obtenir, dans les mêmes conditions de milieu et de sylviculture, un bois intéressant pour le contreplaqué. Comment résister à cette amélioration et ne pas la rechercher pour d'autres essences ?

Par la suite, chaque fois que j'ai planté, que ce soit du douglas, du pin laricio de Corse, du merisier, du chêne rouge, du hêtre ou du châtaignier, j'ai toujours choisi avec grand soin la qualité génétique des plants. Planter n'est pas une opération anodine pour un sylviculteur, autant mettre toutes les chances de réussite de son côté. Et installer des variétés qui ont une forme, une croissance ou une résistance à certaines maladies supérieures à celles de plants ordinaires est une de ces chances !

FE :Quels intérêts présentent-elles pour un sylviculteur privé ?
PdB : Elles contribuent, au même titre que la sylviculture, à améliorer la productivité de son bois. Pour être plus précis, reprenons les caractères généralement améliorés :

  • La forme (rectitude du tronc, branchaison…) : des variétés mieux conformées que le matériel ordinaire permettent d'installer moins de plants, de l'ordre de 800 par hectare, dans une parcelle et par conséquent de réduire l'investissement de départ, et cela même si les plants améliorés sont un peu plus chers.
    En plus, cela évite un dépressage, opération qu'un sylviculteur un peu financier a du mal à admettre puisqu'elle consiste à supprimer une partie de l'investissement réalisé !
    Par ailleurs, aujourd'hui, pour valoriser au mieux nos bois, il faut proposer des produits de qualité (menuiserie, ébénisterie, déroulage, tranchage). Or, pour y arriver, il faut tailler et élaguer les arbres qui constitueront le peuplement définitif. Des variétés à branches fines et exemptes de fourche sont intéressantes parce qu'elles permettent de réduire le nombre et la durée de ces interventions, ce que ne permet pas un matériel ordinaire.

  • La croissance : si l'essence est bien adaptée au terrain, une variété améliorée pour la croissance démarre rapidement ce qui permet d'économiser des dégagements et donc des frais. Par ailleurs, des gains de croissance se traduisent in fine par une rotation plus rapide du peuplement, avantage financier très appréciable.

  • La tolérance à différents ennemis : des variétés moins sensibles à tels champignons, bactéries ou insectes sont d'un grand intérêt pour les sylviculteurs puisqu'elles contribuent à réduire les risques auxquels s'expose une parcelle.

FE : Quelles sont les contraintes liées à leur utilisation ?
PdB : Il faut pratiquer une sylviculture dynamique. Plus encore que dans les autres modes de gestion, il faut être très observateur pour intervenir au bon moment et permettre à ces plants de développer toutes leurs possibilités. On doit donner aux chevaux de valeur l'avoine nécessaire. Il en est de même pour les variétés améliorées.

FE : Quel avenir pour les variétés améliorées en France ?
PdB : Les forestiers semblent actuellement se désintéresser de la plantation (variété améliorée ou pas) au profit de la régénération naturelle. Je ne m'autorise pas à polémiquer à ce sujet, c'est à chacun de faire son choix. Je ne peux que conseiller, pour toutes les raisons techniques et économiques que je viens d'évoquer, d'utiliser des variétés améliorées. Ceci nécessite un effort important de communication auprès des propriétaires, effort qui doit être aidé par les pouvoirs publics si l'on veut maintenir dans notre pays une forêt productive et compétitive.

Propos recueillis par Sabine Girard, ingénieur à l'IDF


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Qu'est-ce que le CTPS ? (d'après le décret 93-46 du 14 janvier 1993)

Le Comité Technique Permanent pour la Sélection des plantes cultivées (CTPS) a été créé en 1942. Ses missions sont les suivantes :

  • conseil et appui technique auprès du ministère de l'Agriculture. Il prépare notamment la politique en matière de variétés, semences et plants et sa mise en œuvre ;

  • étude des aspects scientifiques relatifs à la sélection des variétés et à la filière de production des semences et des plants et de leurs répercussions techniques et économiques ;

  • définition des orientations souhaitables en matière de recherche et proposition et examen des programmes de développement concernant la sélection végétale et la filière de production et de commercialisation des semences et plants ;

  • gestion du catalogue officiel des espèces et variétés cultivées, élaboration et proposition des règlements techniques d'inscription des variétés au catalogue national ;

  • instruction et application des règlements techniques de production, de contrôle et de certification variétale et sanitaire des semences et plants.

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Conséquences sylvicoles de l'amélioration de certains caractères


Caractères

Conséquences sylvicoles

Adaptation générale aux conditions pédo-climatiques ou à des conditions particulières
(gelées tardives par exemple)
  • Meilleure survie, croissance et stabilité du peuplement ;
  • Réduction de la mortalité juvénile et des regarnis ;
  • Réduction du risque de perte de croissance (surtout dans le jeune âge) ;
  • Réduction des défauts de forme et des interventions de taille.
Résistance à certaines maladies ou insectes
  • Meilleure survie, croissance et stabilité du peuplement ;
  • Réduction du risque de perte ou de dépréciation de la production ;
  • Réduction des densités de plantation et des regarnis.
Croissance
  • Démarrage plus rapide des plants ;
  • Réduction du nombre de dégagements ;
  • Production en volume plus élevée ;
  • Réduction de la durée de rotation.
Forme (rectitude du fût, qualité de la branchaison)
  • Meilleure qualité du bois, donc meilleur prix de vente ;
  • Meilleur rendement à la transformation ;
  • Réduction des opérations d'élagage ;
  • Diminution des densités de plantation.
Qualités technologiques du bois
  • Meilleure qualité des produits, donc meilleur prix de vente ;
  • Meilleure résistance au vent ( ?).

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Mots-clés matériel végétal, génétique
Auteur Philippe de Boissieu

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