Vous êtes ici: Accueil > Dossiers thématiques > Economie gestion > Employer en forêt > L'emploi de main-d'oeuvre en forêt
Toute personne occupée, moyennant rémunération,
dans les exploitations ou entreprises de travaux forestiers est
présumée bénéficier d'un contrat de travail." (Article L
722-23 du code rural). Pour ne pas être jugé responsable en cas
d'accident du travail ou même coupable du délit de travail
clandestin, le propriétaire doit s'assurer du statut
professionnel de toute personne travaillant sur sa propriété.
Le travail en exploitation forestière est source d'accidents du
travail important. C'est aussi une activité difficile à
contrôler compte tenu de la dispersion et de la diversité des
chantiers. A peine 4 % des propriétaires forestiers sylviculteurs
gèrent et exploitent leurs forêts à l'aide de leurs propres
salariés. La grande majorité des travaux en forêt sont donc
réalisés par des entreprises. Ces entreprises sont très nombreuses
et peuvent être très importantes en taille ; mais la plupart du
temps, elles sont individuelles.
Face à cette situation qui peut encourager le développement
d'une main-d'œuvre parallèle (et parfois à l'insu
du propriétaire lui-même) la loi du 4 décembre 1985 affirme que
toute personne occupée, moyennant rémunération, à
l'exploitation forestière ou à des travaux forestiers
correspondant au champ d'application de l'article 1144-3 du
code rural est présumée bénéficier d'un contrat de travail
(article 1147-1 du code rural). Cette présomption ne peut être
levée que si l'intéressé satisfait à des conditions de capacité
ou d'expérience professionnelle et d'autonomie de
fonctionnement (décret du 6/08/86) ou encore est exploitant
agricole à titre principal effectuant à titre accessoire du travail
en forêt d'autrui (article 1147-2).
Ces dispositions législatives sont donc lourdes de conséquence pour
le propriétaire forestier sylviculteur : toute personne réalisant
des travaux dans sa forêt doit donc avoir l'un des statuts
professionnels décrits ci-après.
Si le propriétaire forestier fait appel à une coopérative ou à un
expert forestier, ou s'il vend son bois sur pied à un
exploitant forestier, ceux-ci sont responsables des démarches
décrites ci-après, mais le propriétaire doit contrôler qu'elles
ont bien été effectuées. Dans le cas contraire, le propriétaire
doit réaliser lui-même les démarches et contrôles décrits.
S'il emploie un salarié pour
travailler dans sa forêt, le propriétaire est tenu d'établir un
contrat de travail écrit dont il choisira la durée et de réaliser
toutes les démarches administratives réglementaires qui lui
incombent.
Le propriétaire choisit les types de contrats
de travail. Il peut choisir entre trois types de contrats
:
Les normes de ces contrats (rémunération, rupture
de contrat, organisation du temps de travail, protection sociale,
sécurité) sont définies par la " convention collective de
travail du personnel des entreprises de travaux forestiers,
sylvicoles et scieries agricoles " que tout employeur doit
posséder obligatoirement (à demander à l'ITEPSA de votre
département).
Parmi ces normes nous retiendrons ici :
La rémunération
La rémunération la plus courante est la rémunération à la tâche,
les prix par unité (stère, mètre cube ou hectare) étant fixés par
l'employeur. Si cette tâche est " encadrée ", le
propriétaire reste maître de l'organisation du travail, impose
ses horaires et jours de travail. Cette situation n'est
possible que si la rémunération est supérieure au SMIC. A
l'inverse si cette tâche est " libre ", le salarié
est libre et organise son rythme de travail. Sa rémunération est
sans référence au SMIC. Voir ci-dessous.La rémunération mensuelle
ou au temps est beaucoup moins courante.
La sécurité des personnes
La tenue de sécurité et les outils doivent être conformes aux
normes européennes. Le propriétaire doit mettre à la disposition de
ses salariés, gratuitement, les Equipements de Protection
Individuelle (EPI) contre les risques liés au travail et vérifier
leur conformité (articles L 233 et suivants du code du travail).Il
devra s'assurer de leur fonctionnement, de leur entretien et de
leur renouvellement. Pour l'exploitation forestière, nous
citerons notamment :
L'Entrepreneur de Travaux Forestiers (ETF) est un
travailleur indépendant qui a obtenu sa " levée de présomption de
salariat ". Il est donc réputé compétent (formation ou expérience
professionnelle de trois années) et autonome (possession d'un
matériel approprié à l'activité, inscription au registre du
commerce).
Il est chef d'une entreprise qui peut être soit sociétaire (SARL -
EURL), soit individuelle. Il peut de ce fait employer des salariés.
Il est soumis aux mêmes règles vis-à-vis de ses salariés que celles
édictées ci-dessus pour le propriétaire forestier. Il possède une
assurance responsabilité civile professionnelle. Dans certains cas
(durée du chantier, nombre de salariés), une déclaration
d'ouverture de chantiers peut être obligatoire. Il assure la
signalisation de ses chantiers…
L'entrepreneur de travaux forestiers est un prestataire de services
qui facture son travail (HT + TVA).
Il effectue des travaux sylvicoles (plantation, dégagement,
éclaircies…) d'abattage ou encore de débardage.
Son rôle de prestataires de service (preneur d'ordre) oblige
l'entrepreneur à rechercher des clients (donneurs d'ordre) et à les
satisfaire quant aux engagements pris et à la qualité du travail
produit. Il propose au propriétaire un devis qui prend en compte la
nature et la description des travaux et qui fixe un tarif de
prestation. Les travaux sont réalisés dès signature des deux
parties d'un contrat d'entreprise. (Bien que la tradition orale
soit encore très forte dans le milieu forestier, il est fortement
conseillé que ce contrat soit écrit, si ce n'est que pour une
garantie des deux parties).
Lorsque le propriétaire forestier sylviculteur sous-traite la
réalisation d'un chantier avec un entrepreneur, il doit :
Par opposition aux contrats de travail où il y a
lien de subordination, le contrat d'entreprise exclut tout lien de
subordination. C'est une convention par laquelle le donneur confie
à un prestataire (entrepreneur de travaux forestiers, par exemple)
un travail déterminé moyennant un prix convenu (article 1710 du
code civil). Il est signé par les deux parties contractantes.
Sur ce contrat d'entreprise, figurent entre autres les clauses
suivantes : noms et raisons sociales des contractants,
justificatifs de la qualité d'entrepreneur, l'engagement du
sous-traitant à respecter les différentes lois et règlements
relatives au travail en forêt, l'objet précis de l'ouvrage à
exécuter, la désignation du personnel présent sur le chantier, les
obligations du propriétaire "donneur d'ouvrage" et de
l'entrepreneur, les clauses de résiliation du contrat, les limites
des engagements réciproques, la date, la mention " lu et approuvé
"…
D'autre part, lorsque le montant du contrat d'entreprise signé est
au moins égal à 3 049 € (soit 20 000 F), il
convient d'ajouter les documents suivants (articles L.324, 124-8 et
R 324 du code du travail) :
A défaut, le donneur d'ouvrage est tenu solidaire
des dettes financières (cotisations, rémunérations, remboursements
des aides publiques…) contractées par l'entreprise.
Par ailleurs, il est préférable d'établir un contrat pour chaque
chantier.
Attention : En agriculture, l'inspection du
travail peut requalifier un contrat d'entreprise en contrat de
travail, c'est-à-dire considérer que l'entrepreneur est salarié du
propriétaire s'il existe un lien de subordination du premier envers
le second.
Exemples :
Dans cette hypothèse, le propriétaire se verra donc exiger le versement des charges sociales patronales et salariales.
Il est fondamental de bien faire la différence
entre un Entrepreneur de Travaux Forestiers (ETF) et un exploitant
forestier : le premier est, nous l'avons vu, un prestataire de
service qui n'est pas propriétaire du bois qu'il récolte, tandis
que le second a acheté sur pied le bois qu'il exploite ou qu'il
fait exploiter.
Un exploitant forestier peut avoir également le statut d'ETF s'il
remplit toutes les conditions requises, mais ce n'est pas
automatique.
C'est un prestataire de services qui a différentes
obligations :
- Levée de présomption de salariat
- Immatriculation au RCS
- Affiliation à la MSA
- Assurance responsabilité civile, assurance accidents du travail
et de la vie privée
Ne peut pas faire de négoce de bois.
C'est un commerçant qui achète du bois sur pied ou
bord de route pour le revendre en l'état ou transformé (activité de
négoce). Il n'a pas les mêmes obligations que l'entrepreneur
:
- Immatriculation au RCS
- Affiliation à l'URSSAF (sauf ses salariés qui le sont à la
MSA)
- Doit être titulaire d'une carte professionnelle (carte B)
délivrée par le Service régional de la forêt et du bois de la
DRAF
- Assurance responsabilité civile
Ne peut réaliser des travaux forestiers pour
autrui.
Un agriculteur opérant en forêt d'autrui n'est pas
soumis à la levée de présomption de salariat tant que cette
activité n'est que secondaire (moins de 50 % de ses revenus). Il
convient de s'en assurer par une attestation de la CMSA.
Donc dans le cas où son activité principale demeure l'exploitation
agricole, il peut intervenir en forêt en qualité de prestataires de
services. Le propriétaire forestier sylviculteur doit établir avec
lui un contrat d'entreprise, mais ils n'a pas besoin d'un constat
de levée de présomption de salariat.
![]() |
Publié dans | ![]() |