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Il faut plus de matière grise dans les produits bois

Xavier Martin, Directeur de l'Ecole supérieure du boisXavier Martin est Directeur de l'Ecole supérieure du bois depuis 1993. Pour lui, ce sont moins les découvertes techniques que les innovations, en particulier marketing, qui feront le bois de demain. Pour cela, une seule solution : il faut plus de matière grise dans les produits bois.


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  • Quels sont les nouveaux procédés, les nouveaux produits bois qui vous paraissent les plus prometteurs ?

    Tout l'enjeu aujourd'hui est d'obtenir un matériau au comportement prédictible. A ce titre, le bois de l'avenir, c'est le bois massif reconstitué.
    Il peut s'agir aussi du bois plastique ou de tous les produits constitués des plusieurs morceaux de bois collés ensemble : poutres en I, panneaux, lamellé-collé et leurs nombreux dérivés.

  • Le bois massif n'a-t-il aucun avenir ?

    Si, mais il ne suffira pas à couvrir, à un prix acceptable, les besoins exprimés par le marché. Prenez par exemple, les bois utilisés en extérieur. Le marché du bardage et du « decking » - c'est-à-dire les terrasses, les bords de piscine, etc - est en pleine explosion. Les volumes demandés sont tels qu'il est nécessaire de trouver des produits de substitution. Le bois plastique pourrait se révéler tout à fait adapté.

    Pour les charpentes, les planchers ou les cloisons, il existe des produits très prometteurs comme le Sapisin® en France, le LVL aux Etats-Unis ou le Lenotech® en Finlande, pour ne citer que quelques exemples.

  • En quoi ces produits sont-ils particulièrement innovants ?

    Le Sapisin® a été conçu par une entreprise française. Il s'agit d'un madrier constitué d'une couche d'isolant prise entre deux couches de bois ; vous avez ainsi, en un seul produit, votre plancher à l'étage, l'isolation et le plafond du rez-de-chaussée. Installé verticalement, le même produit peut être installé comme cloison.

    Le LVL est un procédé de fabrication dont Kerto® est la marque de distribution la plus connue. C'est une sorte de contreplaqué mais avec toutes les fibres dans le même sens ce qui vous permet de fabriquer des poutres au kilomètre. Quant au Lenotech®, c'est un panneau constitué de trois plis de bois de vingt-sept millimètres chacun, dont une face au moins en bois de qualité. Vous pouvez fabriquer des cloisons préfabriquées, la surface peut être peinte ou laissée telle quelle, et c'est un matériau plus écologique et plus isolant que le « placoplâtre » par exemple.

    Dans ces quelques exemples, ce n'est pas tellement la technique qui est innovante, c'est la conception d'un produit prêt à l'emploi et le mode de vente au kilomètre. On ne vend plus une planche ou une poutre, on vend une paroi à la dimension désirée ou une poutre de la bonne longueur. La filière bois se met enfin à rendre des services.

  • Sous-entendez-vous que le marketing est plus important que la technique ?

    Non, bien sûr, mais les innovations techniques sont parfois réduites. Le contreplaqué existait déjà chez les Egyptiens. Ce qui a changé ce sont les colles, le nombre et l'orientation des plis et le mode de présentation.

    Le marketing est un point essentiel, mais totalement négligé aujourd'hui dans la filière bois française. Le malheur de notre filière, c'est de vendre des planches, alors qu'il faudrait vendre des produits prêts à l'emploi, des solutions pratiques et esthétiques. En général nous n'étudions pas assez le marché, nous ne sommes pas suffisamment en contact avec des architectes, des constructeurs de maison bois ou des associations de promotion de la maison « naturelle ».

    La recherche fondamentale, c'est bien mais cela ne donnera des résultats que dans plusieurs années. L'important est de développer les liens entre chercheurs et industriels. Certaines entreprises françaises font déjà avancer le bois. Elles proposent des produits prêts à l'emploi et savent les vendre.

  • Il est vrai que la différence entre l'industrie du plastique et celle du bois est à ce titre assez stupéfiante. Comment expliquez-vous ce « retard » de la filière bois ?

    La filière bois manque cruellement de matière grise. Le taux d'encadrement dans notre filière est moitié moindre que dans l'industrie française. Il est tout à fait significatif de lire les petites annonces dans l'hebdomadaire « Le bois international » : on trouve régulièrement des offres d'emploi « pour technicien ou ingénieur ». Or vous ne pouvez pas attendre la même chose d'un technicien et d'un ingénieur, ils ont chacun leurs compétences spécifiques. Confondre les deux montre à quel point on ne prend pas assez en considération la matière grise dans notre filière.

  • De quels profils aurait besoin la filière ?

    Pour que le bois soit réellement un matériau de l'avenir, il faut qu'il soit fiable, beau et bien présenté. Il nous faut des ingénieurs bien formés pour que les produits soient de qualité et ne déçoivent pas les clients. Il nous faut des designers, de la créativité pour créer des produits innovants et directement utilisables. Et il nous faut des commerciaux pour vendre les produits.

    Les démarches actuelles qui reposent sur la promotion d'une essence n'ont pas beaucoup de sens. Elles partent du principe qu'il faut écouler une ressource alors qu'il faut donner envie d'acheter un produit, une solution.

  • Sur le marché des menuiseries, le bois a perdu 60 % de ses parts de marché en vingt ans. Serait-ce juste à cause de lacunes marketing ? N'y a-t-il pas des justifications techniques ?

    Vous avez raison de parler des menuiseries, car avant de chercher de nouveaux marchés, il nous faut commencer par regagner ceux que nous avons perdus. Aujourd'hui, ce qui nous sauve, c'est la mode de l'écologie. Mais le bois a bien d'autres atouts. On sait faire des peintures garanties dix ans. On sait aussi faire des menuiseries très performantes associant le bois à l'intérieur et l'aluminium à l'extérieur. Ces produits sont largement aussi bons que des fenêtres PVC. Mais nous ne nous donnons pas véritablement les moyens pour les vendre. Si nous fabriquons des produits fiables, qui ne déçoivent pas, nous n'avons rien à craindre des autres matériaux, voire des produits chinois. Mais pour cela il faut tartiner de la matière grise sur des morceaux de bois !

Une interview par Céline de Bohan pour Forêts de France - Décembre 2005

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